Avec Paul Blanqué, venez flâner dans le monde asiatique, errer dans le grand Himalaya, parcourir les sentiers à la recherche des rencontres et du partage.
Un amour impossible Par Gérard AMBROISE Maman a cherché du travail quelques mois après le décès de papa. Après beaucoup de démarches elle en a trouvé à Metz. Nous avons dû quitter Saverne pour nous installer dans cette grande ville et abandonner la petite maison près du canal de la Marne au Rhin pour un appartement dans un immeuble récent, à deux pas d'un petit centre commercial. Ma mère, devenue négociatrice immobilière, travaillait tous les jours de onze heures à vingt heures. Parfois, lorsqu'une visite de logement s'éternisait, elle rentrait après vingt et une heures. On devait, mon frère et moi, se débrouiller pour dîner. Il avait neuf ans de plus que moi et préparait son bac au lycée Louis Vincent. Je le voyais peu. Le matin il était toujours sur le point de partir lorsqu'on me réveillait pour me préparer pour l'école, le soir il ne rentrait jamais avant dix huit heures. J'étais souvent seul. Le mercredi, maman me laissait dormir jusqu'à dix heures, elle me préparait un petit déjeuner copieux et se servait une tasse de café pendant que je le prenais. C'était le seul moment de la semaine où je me retrouvais, seul, avec elle. Sans être bousculé par le temps. J'aimais bien. Après son départ je traînais un peu dans l'appartement puis j'allais retrouver les gamins du quartier, derrière le centre commercial. C'était notre point de ralliement. Cela faisait cinq mois que nous étions installés en Lorraine. Pour mon premier anniversaire à Metz je venais de recevoir un magnifique VTT. Ma mère avait dû se saigner. Un mercredi matin, après son départ pour l'agence, je l'ai pris pour rejoindre les copains à l'endroit habituel. Tous voulaient l'essayer. Ils étaient sept. Certains devaient bientôt rentrer chez eux pour déjeuner. J'ai défini un petit circuit : le tour du centre commercial, l'allée devant les premiers immeubles et le retour par la petite rampe bétonnée qui permet de rejoindre la grande dalle devant le supermarché où se trouvait le point de départ. Chacun avait droit à un tour. Olivier est parti le quatrième. Il est revenu en courant. Sans mon vélo. - Barrez-vous les gars. Je viens de renverser une mamie dans la rampe. Je crois que je l'ai sérieusement amochée. Tous mes copains ont décampé. Pris de panique j'ai fait de même. J'ai foncé me réfugier dans ma chambre. C'était terrible. Je savais que mon frère n'allait pas rentrer de ses cours avant longtemps. Le temps semblait s'être arrêté. Dans ma tête ça bouillonnait. La vieille dame avait dû être transportée à l'hôpital, avec probablement des fractures très graves. On découvrirait vite que le vélo abandonné m'appartenait. La police allait venir me chercher. Par la fenêtre je guettais son arrivée. Le téléphone a sonné. Je n'ai pas osé décrocher. Ça a recommencé quelques minutes après. Puis plus rien. J'étais tellement terrifié que je n'arrivais pas à pleurer. Après une attente qui m'a paru interminable mon frère m'a rejoint. Il a tout de suite compris que quelque chose de grave était arrivé. Je lui ai tout avoué. - Le chef de la sécurité du centre commercial est le père d'un mec de ma classe. Je vais me renseigner auprès de lui. Tiens-toi tranquille en m'attendant. Vingt minutes après il était de retour. Avec mon VTT. - La vioque n'a eu que quelques ecchymoses. Elle était pressée de rentrer chez elle. Elle n'a même pas voulu passer des radios de contrôle. Le père de mon copain a été sympa. Il m'a rendu ton vélo. Ça l'embêtait de devoir le confier à la police. - Tu vas tout dire à maman ? - Non. Elle a assez d'ennuis comme ça. Tu vas me promettre de ne plus jamais aller faire de la bicyclette à cet endroit. D'ailleurs c'est strictement interdit. - Promis. Il m'a donné une grande tape sur l'épaule avant d'aller faire réchauffer notre dîner. J'étais soulagé, mon frère venait de me sauver. Ce soir-là il est devenu un véritable héros pour moi. Je lui vouais une reconnaissance éternelle. Plus question de lui désobéir désormais. Je fréquentais encore l'école élémentaire, j'avais neuf ans… …Dès que je l'ai vue j'ai été ébloui. Elle avait un visage aux formes parfaites qui semblait rayonner chaque fois qu'elle esquissait un sourire. C'était une femme élancée avec une magnifique chevelure blonde qui descendait dans son dos. Son regard intense me transperçait chaque fois que je le croisais. Toujours élégante, elle se déplaçait avec une légèreté délicate. Comme une danseuse étoile. Quand elle s'éloignait je ne pouvais pas détacher mon regard de ses hanches dont je devinais l'ondulation, merveilleusement cadencée, sous les robes qu'elle portait. Lorsqu'elle s'approchait de moi je finissais toujours par baisser les yeux, en essayant de masquer ma gêne. J'avais peur qu'elle découvre la passion qui me dévorait. D'emblée elle m'a tutoyé, embrassé sur les joues. Depuis son mariage elle habitait l'immeuble voisin. Chaque dimanche midi je me retrouvais à ses côtés à la table familiale. Lorsqu'elle s'adressait à moi je bafouillais souvent. Comme un gamin. Elle hantait mes nuits. Souvent, je me réveillais en sueur, le sexe dur, enivré par son parfum. Je l'idolâtrais. J'étais fou d'elle. C'était la femme de ma vie. L'unique. Il ne pouvait plus y en avoir une autre. J'en étais certain. Pourtant, dès le début, je savais qu'entre elle et moi c'était impossible. C'était la nouvelle épouse de mon frère. Je fréquentais le lycée depuis quelques mois, je n'avais pas encore seize ans…