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Chronique de Paul Blanqué

Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 12:08

chronique de Paul Blanqué - Chine

Peuplade antique du territoire des Trois Gorges… Exorcisme… Purification… Bien que certains considèrent la fête du Duanwu comme consacrée au culte du dragon, une autre tradition vient renforcer cette légende.
zongzi5 Le " Duanwu ", (Duan wu jie) encore nommé "fête du double cinq", se perpétue depuis des millénaires malgré une origine quelque peu énigmatique. Aujourd'hui, c'est l'une des trois plus importantes fêtes traditionnelles de Chine derrière la fête du " Printemps " et la fête de la " Lune" mi-automne.
Toutefois, un détail important la distingue des autres : le cinquième jour de la cinquième lune, le zongzi (zhong zi) et le vin mêlé à de l'arsenic rouge sont à l'honneur.
Une légende murmure qu'une peuplade antique du territoire des Trois Gorges, en Chine, vénérait le dragon. Cette tribu se considérait comme les descendants de l'animal et chacun se tatouait le corps afin d'en prendre l'apparence. Le jour du " Duanwu ", détail moins captivant, le peuple "Wuyue" se livrait à des sacrifices en hommage à leur maître.
Durant cette journée, l'eau de pluie, considérée comme une eau bénie par le dragon céleste, était recueillie afin de se prémunir des catastrophes et des maladies. Plus tard, le tatouage humain disparut au bénéfice de peintures apposées sur le flanc de leur barque : une peinture illustrant le dragon ; leur Maître !
Moins loin de nous, ce cinquième jour de la cinquième lune, considéré comme le plus nocif, s'affirmait le jour du "poison". Le rite imposait d'expulser ses pestilences et ses miasmes. Alors, le jour du " Duanwu ", à l'instant où la nature exulte, ils hachaient de l'armoise, du saule, du jonc… De cette décoction suivait le bain ; un bain purificateur. Pour chasser les mauvais esprits, ils accrochaient aux fenêtres des habitations " l'épée d'eau" des tiges d'armoise et de jonc odoriférant et buvaient comme antidote du vin au réalgar : un mélange de vin et de sulfure rouge d'arsenic. Une potion qui, prise en petite quantité, serait non seulement inoffensive, mais posséderait des qualités antiépidémiques et stérilisantes. Pour la même raison, ils suspendaient au cou des enfants trop jeunes pour boire le vin au réalgar, des bourses emplies de plantes aromatiques et médicinales dont la propriété olfactive apportait une action stimulante sur l'esprit et le corps. Pour les plus petits, les parents, sensibles au devenir de leur progéniture, inscrivaient sur le front des enfants le mot "Wand" (Roi) du bout d'un doigt trempé dans le vin. Le dernier geste du cérémonial imposait de verser le reste du breuvage aux coins des murs de l'habitation afin de détruire les insectes venimeux et les mauvais esprits. Car n'oublions pas que les angles sont, dans la culture asiatique, les endroits privilégiés des esprits mauvais.

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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 12:02

Chronique de Paul Blanqué - Chine

À mille lieux des fastes de la Cité Interdite, nichés sur un petit promontoire les épargnant des crues ravageuses, des clans familiaux vivent hors du temps ; locataires des berges du fleuve.

Nichés sur un petit promontoire les épargnant des crues ravageuses, des FemmePeche clans familiaux vivent hors du temps. Locataires des berges du fleuve Yang-tsé, ces hommes et ces femmes sont des gens de la terre. Pêcheurs par nécessité, mais cultivateurs de leur état. Aucune de ces familles n'est là par hasard. Ce sont les richesses des rives, ces alluvions déposées à chacune des crues mortelles, qui ont appelé les locataires. Il n'est pas rare de rencontrer un de ces clans, égaré dans la végétation des berges. Toits de chaume et tôles mêlées sur terre battue, ils vivent ainsi, hommes, femmes et enfants, entre les murs de pisé et de briques rouges à peine cimentées. Ancrés dans la pure tradition.
A mille lieux des fastes de la Cité interdite. Autour, une terre meuble et fertile. Sur le flan de la vallée, quelques champs en terrasse. Un verger. Là-bas le riz attend sa future récolte. Toute proche, la berge du maître des fleuves. Les enfants s'adonnent à des jeux de gosses de la campagne. Attentifs à tout, et à rien. Aux corvées que le milieu campagnard impose. Au besoin de s'ébattre. Comme tous les enfants du monde. Ici ou là, parfois, une télévision déverse la bonne parole d'un système. Car même sur les berges du grand Yangtzé-Yang, l'électricité est là. Présente par je ne sais quel miracle. Mais réelle !
Sur la berge, une frêle embarcation attend le père, ou le fil aîné. C'est l'heure de la pêche. Une pêche avec un grand filet à la gueule plombée que l'on déploie d'un grand coup de rein et d'épaule. En regardant mon ami, des images d'un passé lointain reviennent à ma mémoire. Je me souviens de ce vieux campagnard meusien, quelque peu braconnier, et qui, d'une voix capable d'ébranler une cathédrale, s'était mis en tête de m'initier à la spécialité. Un rite. Une façon de faire. Un savoir-faire. Car outre la beauté du geste, cette pêche " à l'épervier " comme on la nommerait chez-nous, est exténuante. Imaginez-vous lancer un filet de près de trois mètres de diamètre pour qu'il s'envole en formant dans l'air un cercle aussi nécessaire qu'imposant. C'est de la réussite de cette action, que le filet pourfendra l'eau de toute sa superficie et prendra le poisson au piège. Une fois... Deux fois... Dix fois... Le remonter... Vide... ! Le reformer... Recommencer... Depuis la frêle embarcation, l'homme s'active. Prendra-t-il le repas du soir ? Le dîner du lendemain ?
La femme, silencieuse, assise sur une " chaise de Bouddha ", s'affaire à la réparation des filets. Le dernier-né de la famille repose sur une natte, profitant de l'ombre des filets tendus. L'odeur, à l'arrivée, surprend. Mais le nez s'accommode. Tout comme avec l'irritante odeur des épices et du piment, accommodant quelques légumes verts tout juste saisis. Lorsque je demande au père s'il a fait bonne pêche, il me montre sa prise. Son visage est froid, blasé, sans vie. Mais dans son regard, je perçois une certaine fierté. " Belle prise ! " se serait exprimé n'importe quel estivant. Mais sur les berges du Yangtsé, les mondanités ne sont pas de mise. Sur une roche, posée là par le jeu des éléments naturels, l'homme s'assoit, essuie ses mains sur son pantalon, extrait un paquet de cigarettes de sa poche, et en tire une de ses deux doigts poisseux. Il me la tend. C'est ainsi, en ce pays du centre du monde : ce n'est pas le paquet qui offre la cigarette ; mais l'homme. Derrière la fumée, les collines verdoyantes qui bordent le cours du grand fleuve mystique se troublent. Mes yeux s'irritent, démangés par l'horrible tabac. À quelques pas, l'eau boueuse n'en finit pas de courir vers sa destinée. Au loin, une " canonnière " hurle de sa plus belle corne de brume. Et si c'était cela la vie ?

[Retrouvez les romans de voyages de Paul Blanqué et téléchargez sa bibliographie]

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Mardi 30 novembre 2010 2 30 /11 /Nov /2010 11:52

Chronique de Paul Blanqué - Chine

ViolonDePekin La fin de l’été apportait une fraîcheur relative sur les trottoirs dévorés de la petite bourgade chinoise. Les brûlots s’enflammaient les uns après les autres. Les gargotes s’activaient. Les senteurs accaparaient l’espace. Le dîner s’annonçait paisible, épargné des bourrasques de pluie chaude des jours passés. Bien calé sur une chaise de bouddha branlante, je dévorais la traditionnelle soupe de nouilles, attentif au maniement de mes baguettes. Je ne perçus pas immédiatement les enfants qui s’agitaient. Ils vibraient, s’associaient, encourageaient le phénomène ! Tous les enfants du monde sont ainsi face à un événement. Je m’interrogeais sur ce dernier lorsque des notes de musiques s’affirmèrent dans le brouhaha. Elles se frayaient un passage au travers de la foule grouillante piétinant les pavés de la rue. Elles progressaient, avides de dimension, d’amplitude, d’envergure, insatiable. Puis elles s’associèrent en une mélodie. J’adore la musique chinoise, elle m’envoûte, me transporte. Et ce soir, bien calé sur une chaise de bouddha boiteuse, elle me rendait visite, là, sous la forme d’un « jinghu » dans sa plus pure tradition. Le « jinghu » ou « violon de Pékin » vit le jour en 1785, à la fin du règne de l’empereur Qianlong, avec la naissance de l’Opéra de Pékin où il occupe encore une place de choix. Ce soir, nous étions loin de ce lieu mythique, loin de ses fastes. Pourtant, le timbre éclatant et aigu de l’instrument emplissait l’espace populaire de la rue aux couleurs de crépuscule. L’homme s’arrêta. Nos regards se croisèrent. Il serrait l’instrument avec passion. Nos yeux se saluèrent. L’interprète s’assit, un sourire radieux accroché aux lèvres. Ses dents imploraient des soins. Mais ses doigts, agiles sur les deux cordes tendues entre la caisse de résonance coiffée de sa peau de serpent et le manche de bambou, enfantaient des notes que le crin de cheval de l’archet tenu par l’autre main se réjouissait à émettre. Complice. Virtuose ! Les passants, indifférents, vaquaient à leurs occupations. Dans le bol posé sur la table graisseuse, ma soupe de nouille refroidissait. Les enfants savouraient le récital. Je m’en délectais. Les enfants applaudirent l’artiste. Je les accompagnai avec sincérité. Plus tard, lorsque je demandai à l’homme de tenter l’expérience, la surprise éclaira son regard. Mais il n’hésita pas un instant. Je rectifiai ma position sur la chaise branlante et me lançai. Mais l’envie est une chose et l’accomplissement une autre. Malgré mes efforts, le résultat ne parvenait pas à s’élever de la médiocrité, du déplorable, de l’horrible. Les yeux de l’artiste exprimaient désespoir et déception. Il aurait tant aimé entendre les sons envoûtants que son complice détenait en son âme ; mais je n’y parvenais pas. J’en étais incapable. Inculte. Ignorant la maîtrise et le savoir. Autour de nous, les badauds s’étaient figés avec le temps. Amassés. Agglutinés à l’attraction que je représentais. Pourtant je n’en pris conscience que plus tard, tant je concentrais mes efforts sur l’envie de bien faire ; maudit « jinghu » ! Enfin, vaincu par l’incompétence, je levai les yeux. La foule fustigea mon amour-propre. Non par des mots ou quelques sourires moqueurs, non, uniquement par sa présence face à moi, l’Occidental, attaché à ce violon de Pékin. Curieusement, leurs applaudissements dissipèrent mes états d’âme. Les rires enveloppèrent l’ambiance bon-enfant. L’artiste me salua. Je lui rendis son hommage. Nous partageâmes une nouvelle, mais chaude, soupe de nouilles. Aujourd’hui, lorsque mes sens s’arrêtent sur une mélodie chinoise, je ressens encore toute l’émotion qui, un jour de septembre, à des milliers de kilomètres de ma terre natale, accompagna cette rencontre au partage inoubliable. Merci l’artiste ! Longue vie à toi. Et surtout pardonne-moi, car on ne se s’improvise pas impunément « artiste de la rue ».  

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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 11:49

Chronique de Paul Blanqué - Chine

EnfantBuffle2 Yu vit au centre de la Chine, à la limite de deux provinces, le Hunan et le Hubei. Elle est âgée de dix ans, comme Mohira, ma petite fille. À leur première rencontre, chacune dévisagea l’autre, comparant ce que Mère Nature avait saupoudré de différent. Mais ce qui marqua ma mémoire reste l’instant où, la mère de Yu nous rejoignit pour nous proposer un rafraîchissement. Il faisait chaud, très chaud. Plus de quarante degrés centigrades. Le bocal qu’elle nous tendait semblait effrayant. Dans une eau jaunâtre barbotaient des fragments non identifiables de fleurs mêlées à des résidus de feuilles. Le verre du bocal était chaud. Yu prit l’initiative. Elle dévissa le couvercle, souffla sur la surface de l’eau afin d’en écarter les folioles en suspension, puis, avec beaucoup de précaution, avala deux gorgées du précieux liquide et tendit le bocal à Mohira en précisant : ce n’est que de l’eau bouillie et quelques pétales de fleurs, pour donner du goût. Alors du modeste bocal d’eau se libérèrent mille interrogations, toutes plus justifiées les unes que les autres. Comment l’eau pouvait-elle être impropre à la consommation ? Non potable ? Non buvable ? Et surtout pourquoi ? Mais dans les villes ? c’est pareil ! Et dans les hôtels ? c’est pareil ! Même les grands hôtels ? Oui ! Mais pour se laver ? Ce n’est pas bien grave, faut pas en avaler, c’est tout ! Oui mais les dents ? Là, il faut de l’eau potable. Et pour en obtenir, le seul remède consiste à faire bouillir l’eau afin de la purifier. Et ces fleurs, c’est du thé ? Non, le thé est trop cher. Et puis, tu sais, nous buvons plutôt le thé blanc. Les yeux de la petite chinoise nous dévisageaient sans gêne, sans a priori, peut-être surpris par nos questions trop banales. Et c’est quoi le thé blanc ? De l’eau bouillie. Rien d’autre que de l’eau bouillie. Sans pétales. Sans fleurs ni feuilles. Sans rien sinon de l’eau. Chaude par nécessité. Froide après beaucoup de patience. Le moment n’avait rien de cérémonieux, son seul état se résumait en ce besoin naturel et incontournable de s’hydrater. Beaucoup plus tard, en soirée, Mohira m’interrogea sur la nécessité d’utiliser l’eau potable dans nos toilettes, pour la douche, laver la voiture… sur notre comportement si, demain, celle que nous qualifions de courante devenait impropre à la consommation ? Entamerions-nous la première guerre de l’eau potable ? Serions-nous capables de nous adapter ? Bien sûr, ce ne sont que des interrogations de petite fille. Un « et si » de plus me direz-vous. Néanmoins, ne sentez-vous pas derrière ces questions, enfantines j’en conviens, se profiler le spectre d’une prise de conscience tardive pour un gigantesque gâchis ? Mais ne pleurez pas mes yeux, ne vous fondez pas en eau, tout ceci n’est peut-être qu’un « et si » impromptu.   

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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 11:36

Chronique de Paul Blanqué - France  

Il y aura les nostalgiques et les au­tres. Les oubliés. Ceux qui subissent, exclus par le présent, en marge du passé, immobilisés entre deux mondes dans un univers où rien n'est virtuel .

image apres guerre En ces années cin­quante-cinq, je n’avais que six petits printemps . En ce temps-là, les hivers étaient rudes. La neige et les gelées s'amusaient, com­pli­ces, résolues à nous entraîner dans une hibernation de novembre à mars. Plus la tempé­rature descendait, plus les soirées s’enfonçaient dans la timide mais duveteuse cha­leur du foyer familial. En ce temps-là, sept logements sur dix se chauffaient au bois ou au charbon grâce à une bonne vieille cuisinière, unique moyen de chauffage du logis. Dehors, les stalactites de glace encoura­geaient la féerie. L’eau du canal demeurait solide, profondément rigide, pétrifiée dans la glace. Cette dernière recouvrait la nature de plusieurs millimètres d’épaisseur, sans complexe. Heu­reusement, la circulation automo­bile ne supportait pas encore le tra­fic d’aujourd’hui.
Je me revois, reti­rant les grosses chaussettes de laine que ma mère avait enfilées le matin sur mes gros godillots afin d’éviter de dangereux dérapages. Rin­cées, les chaussettes étaient étendues au support de la cuisi­nière. Le chandail de grosse laine, patiemment tricoté par ma mère, se gorgeait de chaleur. Les mains : crevas­sées ! La glycé­rine... Ce sou­venir douloureux se rappelle à moi. « C’est terrible les crevasses !... Et ce produit… plus encore. » Les mains en étaient enduites, énergiquement massées l’une avec l’autre. Puis, pau­mes vers le haut, le dos de celles-ci au plus près de la plaque brû­lante de la cuisinière à bois, il suffi­sait de pa­tienter, d’attendre que la chaleur officie, que le corps gras dé­vore le mal et cicatrise la peau mal­traitée par le froid. Un bandage, et hop, au lit.
En ce temps-là, le soir, à la veillée, sept ménages sur dix écoutaient la radio tout en dégustant quelques châtai­gnes, une orange, alors que la peau de cette dernière, déposée sur la cuisinière, diffusait sa douce odeur aigre­lette. Des instants inoubliables durant lesquels la famille communiait de ses intimes ressources humai­nes.
En ce temps-là, un ménage sur dix possédait un aspi­rateur, un chauffe-eau, une ma­chine à laver. Il est vrai que l’eau chaude au robinet de la seule cui­sine s’apparentait au luxe. Certains n’avaient même pas l’eau froide, l’eau courante comme on dit aujourd’hui ; alors vous pensez, l’eau chaude ! Ainsi l’image des lavan­dières ressurgit de ma jeunesse. El­les, battant le linge sur la margelle du lavoir surplombant de quel­ques centimètres les eaux du canal en­core ouvert aux péniches sans mo­teur, halées au moyen d’une corde tirée par de drôles d’engins accro­chés aux rails aménagés sur le che­min de halage.
En ce temps-là, sept familles sur cent possédaient un réfrigérateur. Une sur dix un poste de télévision ; en noir et blanc, bien sûr ! En ce temps-là, on se parlait. 0n ne communi­quait pas encore. Du moins personne ne savait qu’il avait la chance de pratiquer natu­relle­ment ce que les futures sciences hu­maines définiraient comme capital au monde moderne. On conversait dans la di­gne li­gnée de notre descen­dance gau­loise. Sans potion magique, c’est un fait, mais pro­fondément ancrés dans la réalité, ignoré du futur vir­tuel qui com­pose, à peine une moitié de vie plus tard, notre quotidien.
Il y aura les nostalgiques et les au­tres. Les oubliés. Ceux qui subissent, hors de "l’avancée", exclus par le présent, en marge du passé, immobilisés entre deux mondes dans un univers où rien n'est virtuel, où chacun peut basculer en un instant.
Tout cela peut paraître d’une autre ère. Cependant, n’oublions pas qu’une toute petite poignée d'années s’est évaporée. Une pincée si petite, si dérisoire, si ridiculement humaine, que j'ai peine à admettre ce qui s’est passé durant ces cinquante années de vie com­mune avec l’humanité. Et dans cinquante ans ?... Alors on vous racontera…  >

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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 11:15

Chronique de Paul Blanqué - Chine

Alors que le jour se lève sur la grande Muraille de Chine, dans la capitale chinoise, sur la tristement célèbre place Tiananmen, une cérémonie de la levée des couleurs retient l'attention des enfant chaise2png badauds. Ils sont nombreux, ainsi, à vivre l'événement. Il est vrai que le protocole développé durant la cérémonie entretient l'intérêt. Toutefois, la chose n'aurait rien d'original si un enfant, une fillette de huit ans, n'eût apporté par son seul vœu le piment humain absent de l'événement militaire. En effet, la petite Yue Xin, domiciliée dans la ville de Changchun au nord-est de la Chine dans la province du Jilin, en rêvait de cette cérémonie du lever du drapeau place Tiananmen. Elle représentait son seul vœu de fillette. Mais la vie, cruelle, en décida autrement et, par une tumeur au cerveau, précipita la petite dans une cécité totale. Bien sûr, le père consulta. Mais le verdict des médecins demeurait sans appel : un déplacement jusqu'à Pékin serait fatal à la fillette fort affaiblie par la maladie. Alors le père de la petite Yue Xin mobilisa plusieurs milliers de volontaires, trois milliers (?) pour être exact, des lycéens, et organisa pour sa fille une fausse cérémonie. Après un déplacement en voiture qui trompa aisément la gamine, et une imitation parfaite de la part des faux policiers, l'esprit aveugle confirma le réalisme de la cérémonie, et plongea l’enfant dans le bonheur. L'exemple émouvant de Yue Xin fut repris par l'ensemble de la presse chinoise sous le titre "l'enfant aveugle". Admise dans le meilleur hôpital de Changchun, elle fut opérée gratuitement. À son réveil, un officier de la Garde d'Honneur en uniforme de cérémonie lui remit un exemplaire original du drapeau hissé sur la place. Comment ne pas être interpellé par cette allégorie ? L'événement réconforte, affirme l'intérêt à l'appartenance. Il est conforme à l'idéologie, à ce grand pays qu'est la Chine. Toutefois, dans ce "conte" magnifiquement orchestré, un chapitre semble manquer : l'épilogue, quelques lignes dédiées au quotidien des femmes. De ces femmes qui, par milliers, chaque année, perdent la vie, fœtus ou nouveau-nées, par avortement, infanticide, ou suicide des jeunes mères ébranlées par les représailles qu'elles subissent pour avoir enfanté au féminin. Yue Xin, dis-moi que tu es l'instrument, la chose, la petite lueur inconsciente d'un prometteur changement… Car en exergue à cette allégorie, il serait satanique de constater la pérennité d'un vieux dicton chinois : « Mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé.

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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 11:57

Chronique de Paul Blanqué - Monde

Une origine très controversée, dès 4000 avant notre ère... Un symbole mystique... Quoi qu'il en soit, il se révèle un catalyseur de chance, de félicité et de bonheur.

svastika1Toutefois, rassurez-vous ! Il n'est nullement question, ici, de parler d'un emblème qui, aujourd'hui encore, colporte une idéologie à bannir et totalement opposée à l'esprit de semellesdevent. Non ! Je souhaiterais évoquer plus précisément ce qui m'a frappé lorsque j'ai rencontré ce symbole durant mes séjours en Asie.
De bon augure
Le svastika ou swastika, est un mot sanscrit signifiant "de bon augure". Son origine, très controversée, serait apparue dès 4000 avant notre ère en Asie et plus précisément en Chine, pour se répandre ensuite en Grèce et en Italie, avant de gagner l'Europe centrale et le pays basque, puis l'Inde et l'Extrême orient. On le retrouve également dans de très nombreuses cultures, de la Grèce antique à la Chine, du Mexique aux tribus indiennes d'Amérique du Nord. Cependant, jamais il n'apparut dans les cultures Juives ou musulmanes. En Europe, on le rencontre parfois dans certaines églises du Moyen-Âge.
Entre nuit et soleil
Sa présence en Inde remonterait au VIII° siècle avant notre ère. Aussi est-il naturel qu'il ait été conservé, adapté et développé par l'ensemble des philosophies indiennes. Dans le bouddhisme, on trouve le swastika sur toutes sortes de supports, en particulier sur des sceaux et sur des pièces qui étaient en circulation dans les royaumes bouddhiques jusqu'à l'invasion d'Alexandre le Grand. Dans ces pays, ce symbole représente la loi bouddhique, mais aussi son caractère bienfaiteur svastica d2 et de bon augure. svastica g2 Progressivement, il est devenu l'équivalent de la roue de la loi mise en mouvement par le bouddha.
Très tôt, les cultures indiennes ont discerné deux versions de ce symbole : le svastika sinistrogyre ou sauvastika (figurant une roue tournant vers la gauche) symbolise plus fréquemment la nuit, la déesse Kali et certaines pratiques magiques, et le svastika dextrogyre (tournant vers la droite) qui, par la rotation de ses branches, imite la course quotidienne apparente du soleil.
La croix gammée
Le mot "croix gammée" est, quant à lui, d'origine gréco-phénicienne, par allusion aux quatre branches dont chacune a la forme d'un gamma majuscule. À partir de 1905 la "croix gammée" devint le signe des jeunesses allemandes, puis l'emblème de ralliement de quelques groupes antisémites et Autrichiens pour lesquels elle représentait l'emblème de l'idéologie raciale. Hitler, qui l'avait connue mêlée à des images chrétiennes dans sa petite école de Lambach, fit du svastika sinistrogyre noir - le considérant comme un symbole aryen - l'emblème de ses opinons racistes, puis l'insigne du parti national-socialiste allemand. Il en orna le brassard rouge de ses adeptes, puis le drapeau du 3° Reich.
Catalyseur de chance
Quoi qu'il en soit, ce symbole mystique se révèle comme un catalyseur de chance, de félicité et de bonheur. Au début du scoutisme, il fut décerné à ceux qui rendaient service au mouvement. C'est un symbole bénéfique chez les Touaregs. Au Tibet les paysans affichent ce symbole sur la porte de leur maison pour éloigner les mauvais esprits. En Inde, on dessine le swastika sur le sommet du crâne fraîchement rasé des jeunes novices. Au Japon, il n'est pas rare de le trouver sur des talismans avec la même symbolique que sur les amulettes de la vallée de l'indus.
La renaissance
Alors, si comme moi vous rencontrez cet emblème dans vos pérégrinations, n'ayez pas ce ronchonnement inculte. Ne voyez pas en ce symbole religieux hindou ce que l'histoire nous a légué de dégradant, d'obscène, de douloureux, et d'inqualifiable. D'autant que les quatre branches du svastika oriental sont supposées rappeler au croyant les quatre domaines dans lesquels l'homme peut renaître : le monde animal ou végétal, l'enfer, la terre, le monde de l'esprit.

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