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Le coup de cœur  de Maïté
de Maïté Petit
Une grande écrivaine, un destin tragique.
SIMONE DE BEAUVOIR
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« On ne naît pas femme, on le devient »
Cent ans après sa naissance, celle qui fut considérée comme la prêtresse des lettres françaises et l’avocate des femmes, demeure plus que jamais au centre de l’actualité.
Le 9 janvier 1908, naît à Paris, Simone de Beauvoir, dont la vie et l’œuvre demeurent indissociablement liées à Jean-Paul Sartre ; ils étaient viscéralement attachés l’un à l’autre mais assumaient chacun leur liberté.
« Femmes, vous lui devez tout ! », déclarait Elisabeth Badinter le 14 avril 1986, jour de la mort de Simone de Beauvoir. La lecture du « Deuxième sexe » lui donne raison. Ce livre, paru en 1949, fait voler en éclats l’idée d’une prétendue infériorité féminine. Pour la première fois, une femme parle librement de la sexualité féminine, prône la contraception, l’avortement, affirme l’égalité des sexes.
LE «  CASTOR DE GUERRE »
Simone de Beauvoir fut un véritable « castor de guerre » selon le surnom bien connu qui lui a été attribué. Elle s’est engagée dans tous les domaines de la vie avec une énergie farouche,
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combattante de tous les instants. Vivre, aimer, étudier, elle ne laissera rien au hasard.
Dés l’âge de dix huit ans, elle découvre la philosophie,
veut tout apprendre… En toutes choses, elle est authentique, sans complaisance. L’engagement politique, au sens sartrien du terme, vient donc s’inscrire dans un engagement qui englobe tous les aspects de la vie. Elle rencontre Sartre en 1929 : ils préparaient tous deux l’agrégation de philosophie. Compte tenu de leurs convictions, pas de mariage ni de maternité, incompatibles avec sa vocation : l’écriture. Elle n’a que faire du qu’en dira-t-on, sa vie est déjà tracée à l’écart des tâches ménagères…Elle y mettra toute son énergie.
Les deux écrivains philosophes formeront un couple légendaire dans l’histoire des lettres, que seule la mort sera en mesure de séparer car, en dépit de leur liberté individuelle réciproque, leurs vies se sont toujours accordées. « Sartre répondait exactement au vœu de mes quinze ans ; il était le double en qui je retrouvais, portées à l’incandescence, toutes mes manies. Avec lui, je pourrais tout partager…Quand je le quittai, au début d’août, je savais que plus jamais il ne sortirait de ma vie. » Ainsi parle Simone de Beauvoir de sa rencontre avec le compagnon de toute sa vie, dans « Mémoires d’une jeune fille rangée ».
Leur engagement politique était bardé de certitudes, au service de bien des causes…contre la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie…Les luttes qu’ils ont menées amèneront Simone de Beauvoir à voyager de par le monde, à croiser Fidel Castro ou Mao Tse Toung, à rencontrer des écrivains tel que Nelson Algren avec qui elle entretiendra une longue liaison. Mais, malgré ces « amours contingentes », il y avait toujours Sartre. Simone de Beauvoir emploiera le terme de « gémellité » pour définir leur relation.
LE COMBAT POUR LES FEMMES
  Vingt ans avant la naissance du Mouvement de Libération des Femmes ( M.L.F)
en juin 1949, paraît le premier tome d’un essai audacieux d’ambition et de liberté qui analyse l’aliénation des femmes et appelle à une prise de conscience : « Le deuxième sexe ». Simone de Beauvoir a alors 37 ans. Elle a déjà publié trois romans dont « L’invitée » en 1943 et fait jouer au théâtre «  Les bouches inutiles ». Avant elle, quelques femmes, encore bien isolées, comme Olympe de Gouges, Mary Wollstonecraft ou Virginia Woolf, pour ne citer qu’elles, avaient inventé le féminisme avant que le mot ne soit créé.
Et c’est Simone de Beauvoir qui va rassembler toutes ces revendications, ces combats oubliés, ces tentatives de femmes héroïques mais jetées aux oubliettes de l’histoire, pour leur donner une voix unique, fondée sur une connaissance philosophique, historique, scientifique et sociologique. « Un homme n’aurait pas l’idée d’écrire un livre sur la situation singulière qu’occupent, dans l’humanité, les mâles. Un homme est dans son droit en étant un homme, c’est la femme qui est dans son tort…Il est le Sujet, il est l’Absolu…elle est…l’Autre ». Simone de Beauvoir avait d’ailleurs, dans un premier temps, songé à intituler « Le deuxième sexe », « L’autre ».
Simone de Beauvoir a contribué, plus que toute autre, à l’émergence d’une conscience féminine capable de surmonter la fatalité de sa condition, ce qui est le sens même de l’Existentialisme. Par toute son œuvre, elle a réussi à faire entrer les femmes dans leur histoire et, par là même, dans l’Histoire tout court.