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Nous l'attendions depuis longtemps, avec toutefois un petit doute jusqu'au dernier moment… Allait-il vraiment honorer notre invitation, ce poète au palmarès si impressionnant ? Publié chez Gallimard, Grand Prix de l'Académie Française, Prix Goncourt de poésie… Excusez du peu ! Nous étions très nombreux, l'espace du Grand Comptoir était plein, ce samedi 17 mars ; les invités de l'APAC étaient tous là, au grand complet à attendre Guy GOFFETTE… Et parmi ce public, beaucoup de poètes plus ou moins chevronnés venus entendre " la bonne parole ".
Enfin l'heureux moment arrive et, immédiatement, les questions, parfois un peu provocatrices, fusent et abondent, adroitement posées par Bernard APPEL qui anime cette rencontre. Le public, très attentif, subjugué même parfois, boit littéralement les paroles du poète. Guy GOFFETTE, parfois poussé dans ses retranchements pudiques, n'a cependant pas peur des mots, des mots très forts,     criant de vérité autant que de simplicité.
Oui, nous sommes mortels, nous rappelle-t-il et c'est pour cela que nous devons apprécier l'instant présent dans toute son intensité : les beautés que nous offre la nature, une fleur qui s'épanouit, un coucher de soleil, notre rassemblement d'aujourd'hui… “Mourir as-tu dit ? ô la belle excuse !” s'indigne le poète. Il n'y a, en effet, aucune excuse à vouloir esquiver la vie !
Grâce à Guy GOFFETTE, le temps s'est arrêté un moment au Grand Comptoir de METZ ce samedi après-midi. Comme j'aurais aimé le retenir un peu plus longtemps ! Il ne me reste plus qu'à lire “l'adieu aux lisières” pour tenter de prolonger la magie de cette rencontre.
Maïté PETIT

C'est à moi qu'est revenu le grand honneur d'être l'animateur de cette belle rencontre avec Guy Goffette. On vous en parle par ailleurs, aussi je ne m'attarderai pas sur le détail de cette fin d'après-midi où un public littéralement subjugué a pu faire la connaissance de ce grand poète. Je me contenterai de vous livrer ce que fut ma conclusion de cet entretien et vous comprendrez, si vous avez hélas manqué la rencontre, combien Guy Goffette nous a passionnés, provoqués et ravis tout à la fois :
« Votre poésie, Guy GOFFETTE, est sans concession aucune ; c'est pour cette raison qu'au-delà de la désespérance qui l'accompagne en petite musique lancinante, elle est jubilatoire. Sans aucun effet de manches, elle nous parle de nous, en profondeur, et ne cesse de nous interroger pour nous inviter, à travers les mots choisis avec autant de justesse que de simplicité, à l'intense méditation. Soyez remercié de nous ouvrir ce chemin en nous-mêmes pour tenter de nous aider à nous assumer en qualité d'êtres humains lucides et à devenir ainsi capable, je vous cite " malgré l'inévitable conflagration en soi de l'amer et du tendre, et avant que la mort ne vienne, puisqu'il reste deux ou trois choses à dire, deux ou trois choses à peine et qui nous tiennent à la merci des marges, d'écrire encore un poème soigné avec de l'herbe toute nue et, le plus dur restant à faire, de trouver la juste dédicace ».
Bernard APPEL


P.S. Le déroulement forcément imprévisible de la rencontre m'a hélas obligé à réduire le nombre de poèmes lus par mes ami(e)s, Geneviève, Claire, Maïté et Jonathan ( qu'ils soient ici une nouvelle fois chaleureusement remerciés !), pour illustrer les paroles de Guy GOFFETTE. A ces cruelles coupes sombres, c'est Claire qui a été la plus touchée ; pour me faire un peu pardonner, je propose ci-dessous le texte du poème dont elle a été privée ( et nous aussi bien sûr avec elle ! ) : Jules Supervielle :


JULES SUPERVIELLE

S'il fait nuit noire et qu'on est en plein jour,
ne vous retournez pas trop vite : un chat

mal retourné peut devenir lion
surtout surtout s'il n'est pas vraiment gris.

Excusez-moi de parler de travers,
mais l'important n'est pas en poésie

d'aller comme les horloges qui découpent
le camembert du temps tranche par tranche

et se refusent à partager avec
le premier traînard venu qu'un nuage

hyperbolique assied dans la merveille.

Non, l'important est de se laisser faire
par ce qui passe et de ne rien brusquer.

Tenez : le vent par exemple, suffit
de lui ouvrir toutes grandes les poches

de votre paletot et puis, tant qu'à faire,
le gilet tout entier, et la poitrine,

pourquoi pas ? Que le cœur puisse enfin prendre
le pouls de l'univers et battre battre

à l'unisson des herbes qu'on dit folles
avec tous ces secrets derrière l'oreille

dont les vaches, nos sœurs patientes font
leur huile d'amour ainsi que les vierges

de l'Evangile- mystère où s'embourbe
notre science désarmée : voici

le lait d'enfance avant la nuit totale,
le grand semeur de moutons et d'étoiles

dans les jardins du rêve où nous avons
fleuri, avant d'errer sur les chemins

de l'homme, hagards et gris comme des chats
en plein jour, des lions de mélancolie.

 
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Tag(s) : #Cafés littéraires de l'APAC

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