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© Paul Blanqué - Image de Chine
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Chronique de Paul Blanqué - Chine
Alors que le jour se lève sur la grande Muraille de Chine, dans la capitale chinoise, sur la tristement célèbre place Tiananmen, une cérémonie de la levée des
couleurs retient l'attention des
badauds. Ils sont nombreux, ainsi, à vivre l'événement. Il est vrai que le
protocole développé durant la cérémonie entretient l'intérêt. Toutefois, la chose n'aurait rien d'original si un enfant, une fillette de huit ans, n'eût apporté par son seul vœu le piment humain
absent de l'événement militaire. En effet, la petite Yue Xin, domiciliée dans la ville de Changchun au nord-est de la Chine dans la province du Jilin, en rêvait de cette cérémonie du lever du
drapeau place Tiananmen. Elle représentait son seul vœu de fillette. Mais la vie, cruelle, en décida autrement et, par une tumeur au cerveau, précipita la
petite dans une cécité totale. Bien sûr, le père consulta. Mais le verdict des médecins demeurait sans appel : un déplacement jusqu'à Pékin serait fatal à la fillette fort
affaiblie par la maladie. Alors le père de la petite Yue Xin mobilisa plusieurs milliers de volontaires, trois milliers (?) pour être exact, des lycéens, et organisa pour sa fille une fausse
cérémonie. Après un déplacement en voiture qui trompa aisément la gamine, et une imitation parfaite de la part des faux policiers, l'esprit aveugle confirma le réalisme de la cérémonie, et
plongea l’enfant dans le bonheur. L'exemple émouvant de Yue Xin fut repris par l'ensemble de la presse chinoise sous le titre "l'enfant aveugle". Admise dans le meilleur hôpital de Changchun,
elle fut opérée gratuitement. À son réveil, un officier de la Garde d'Honneur en uniforme de cérémonie lui remit un exemplaire original du drapeau hissé sur la place. Comment ne pas être
interpellé par cette allégorie ? L'événement réconforte, affirme l'intérêt à l'appartenance. Il est conforme à l'idéologie, à ce grand pays qu'est la
Chine. Toutefois, dans ce "conte" magnifiquement orchestré, un chapitre semble manquer : l'épilogue, quelques lignes dédiées au quotidien des femmes. De ces femmes qui, par
milliers, chaque année, perdent la vie, fœtus ou nouveau-nées, par avortement, infanticide, ou suicide des jeunes mères ébranlées par les représailles qu'elles subissent pour avoir enfanté au
féminin. Yue Xin, dis-moi que tu es l'instrument, la chose, la petite lueur inconsciente d'un prometteur changement… Car en exergue à cette allégorie, il serait satanique de constater la
pérennité d'un vieux dicton chinois : « Mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé.
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