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Interview de Claire Antoine

Une nouvelle rubrique "interview" pour vous permettre de mieux connaître celles et ceux de nos adhérents qui publient, que ce soit à compte d'auteur, d'éditeur ou en auto-édition. Colette N.  ( Colette Neyertz) a été la première à se prêter à l'exercice.Colette NEYERTZ

Vous écrivez depuis un certain temps déjà et certains de vos poèmes, car c'est ce genre que vous pratiquez, paraissent dans des revues. Cependant, à partir de  2004 vous ressentez le besoin de les rassembler sous la forme de  recueils.
– J'ai publié trois recueils aux EDITIONS NOUVELLE PLEIADE PARIS. (cf site letrave.over-blog.com/article-11531160.html -) Arabesques paraît en 2004, Petite Cantate en 2007 et Vagabonde  en 2009. Le deuxième est dédié à mes petites filles. J'ai un quatrième recueil en préparation... Je m'intéresse de plus en plus aux Haïkus.
Une expression poétique orientale.
– Je suis aussi sensible à la calligraphie. J'ai donné ce titre à un de mes poèmes et les illustrations des couvertures de mes deux premiers recueils sont du  peintre et calligraphe irakien Hassan Massoudy.
Quand le fond rejoint la forme.
– J'aime cette maîtrise de la ligne, cette discipline du trait qui évoque le chaos sans lui céder jamais. Je suis très attentive à l'agencement des mots sur la page, à ce  qui leur confère une vibration particulière.
Il est impossible de parler de poésie quelle qu'elle soit  sans évoquer ses règles, ses contraintes.
– Le travail rigoureux  du style est indispensable mais toujours guidé par l'authenticité de ce qui est éprouvé, la justesse de la pensée et de l'émotion. Il ne s'agit pas de se livrer à des acrobaties verbales, de rechercher le mot rare pour le mot rare (celui qu'un autre n'emploierait pas...) ou un chapelet de sonorités qu'on écouterait avec complaisance. Les grands poètes ont su employer des mots rares, jouer parfois avec les sonorités mais ils ont su aussi exprimer leur ressenti dans une langue pure et simple. Écoutez  Apollinaire : «Je passais au bord de la Seine/Un livre ancien sous le bras/Le fleuve est pareil à ma peine/Il s'écoule et ne tarit pas...» ("Marie" in Alcool, 1913.) Comment dire mieux que lui  la nostalgie de l'amour perdu ? Le travail poétique consiste aussi bien sûr à faire la chasse aux clichés, à l'à-peu-près, aux frou-frou de la pensée et de l’expression et surtout à la complaisance à soi. En ce qui me concerne, si l'on compare mes trois recueils, on peut constater que je délaisse la prose poétique, abondante dans "Arabesques" pour une écriture plus dépouillée, plus décantée, plus allusive. 
Jusqu'aux Haïkus dont vous nous parliez précédemment... Vous lisez beaucoup de poésie. Elle est pour vous source d'inspiration et de joie. Parlez-nous de vos références francophones.
– Il y en a tellement...  Apollinaire, bien sûr mais aussi Verlaine, Yves Bonnefoy... et une découverte récente, celle de la suissesse Anne Perrier, dont la poésie contemplative forte et limpide m'émeut profondément.(www.20mars.francophonie.org/10319-Hommage-a-la-poesie-Anne-Perrier-Suisse-Jacques-Dupin -)
Depuis deux décennies au moins on constate une forte présence des femmes en poésie. Quand la muse s'empare de la plume...Voyez-vous une différence entre une écriture qui serait "féminine" et une autre "masculine" ?
– De prime abord, on dirait que les femmes étant plus affectives, elles  chantent plus les sentiments. Pourtant les hommes ont merveilleusement chanté l'amour et ses tourments; et parfois, même si c'est infiniment plus rare, l'amour entre parents et enfants, comme Victor Hugo. « Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,/Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. »... Je dirais  plutôt, en fait,  que les hommes plus que les femmes abordent les grands genres comme l'épopée, ainsi que les grands mythes, les grands thèmes ( guerre, liberté...) Quelle femme intitulerait-elle  un de ses recueils La légende des siècles ? Les femmes sont plus à l'aise dans l'intime, le coeur du vivant et ses mystères. A partir souvent du concret, du particulier, de sensations visuelles, auditives, qui s'ouvrent – en ce qui me concerne tout au moins – de façon allusive sur quelque chose de beaucoup plus profond. Suggérer et non pas imposer. "Une rose si fraîche si fine ...glisse[e] doucement du côté de l'ombre" ( p 9 in Vagabonde )
Vital HEURTEBIZE, le Président de la Société des Poètes Français qui a préfacé chacun de vos trois recueils a écrit : «Colette N. est ce que j'appelle un poète vrai ». 
– Cette phrase me touche beaucoup. Mes textes sont des moments de vie avec tout ce que ça suggère comme questions qui débouchent sur l'universel : la beauté, la souffrance, la mort, les impasses, l'espérance...Ombres et lumière... J'aimerais laisser parler  René Char:  " La poésie, dit-il, est de toutes les eaux claires celle qui s'attarde le moins aux reflets de ses ponts."  Il ne s'agit pas d'une entreprise de séduction, mais de dire "vrai" et profond (et c'est ce qui trouvera  écho chez le lecteur) à propos d'une expérience intérieure qui s'exprimera de façon singulière, originale.
 « La seule signature, au bas de la vie blanche, c'est la poésie qui la dessine. Et toujours entre notre coeur éclaté et la cascade apparue.»
 Cette deuxième phrase de Char est superbe à mes yeux, si juste dans sa densité et les images choisies.

Claire Antoine.

Tag(s) : #Interviews de Claire Antoine

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