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© Photos Paul Blanqué
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avec Annie Mullenbach-Nigay
L’auteure de “La Dame de l'Oise” deviendrait-elle une dame de la Moselle ? Depuis le prix Gaston Welter de la nouvelle, reçu à Talange en 2007, Annie Mullenbach-Nigay revient régulièrement en
Lorraine. A Metz en particulier. La dernière fois ce fut le samedi 19 novembre, jour de l'ouverture des marchés de Noël, pour parler de ses deux derniers romans “Grand Large” et “La Dame de
l'Oise”. A la brasserie du Grand Comptoir dans le cadre du dernier café littéraire 2011 organisé par l'APAC. Elle répondait aux questions de Claire Antoine et de Gérard Ambroise devant un public
d'habitués.
Grand Large ?
Difficile de caractériser cette histoire. Est-ce un récit de voyage ? La chronique d'une crise ? Le portrait d'un homme ? Un peu tout cela sans doute. Mais puisque la peinture a un rôle pivot
dans ce livre disons que “Grand Large” est une tentative pour camper Victor, un architecte frisant la cinquantaine, qui largue tout et s'évade sans but précis pour un périple de deux semaines.
Sans prévenir sa nouvelle compagne la trop raisonnable Juliette qui, au début, le croit parti pour Montpellier chercher les résultats d'un concours d'architectes auquel il a participé. Le projet
de Victor n'a pas été retenu. Il le sait, ne dit rien et part. Pas pour Montpellier bien sûr. Il prend le large. Serait-il resté dans les rails de sa vie sans cet échec professionnel ? Pas
certain. Il serait parti cinq ou six mois plus tard. C'est ce que confie Annie Mullenbach-Nigay en réponse à une question. La crise qui affecte Victor est profonde. Une question traverse ce beau
roman : peut-on refaire sa vie ? Une question grave traitée avec beaucoup de légèreté. Et Annie y répond d'une manière nuancée à travers ses personnages. Le lecteur sent vite que la solution que
trouvera Victor n'est pas celle de son amie d'enfance Philomène qui, elle aussi, a eu à se reconstruire.
Quelle signification donner à cette "balade" de Victor ? Une fugue où il va recroiser les femmes de sa vie. Un peu à son insu. Au début au moins. Et
dans ces rencontres qui semblent s'effectuer un peu au hasard des déplacements du héros, beaucoup de rendez-vous manqués. Victor et ses femmes donc. Parmi celles-ci Suzie, la grande sœur.
L'enquêtrice à la recherche de son " jeune " frangin qui essaye de comprendre la logique qui gouverne les voyages de celui-ci. Et aussi Marie, la fille de vingt ans que Victor a peut-être un peu
trop négligée lorsqu'elle était petite. Comprend-t-il qu'elle n'est plus une petite fille ? Elle recevra de lui, par la poste, un cadeau déroutant d'un lieu improbable. La question reste en
suspens. A un participant qui l'interroge Annie Mullenbach-Nigay avoue avoir un faible pour Marie. “ J'ai été enseignante et j'ai constaté que, souvent, les enfants payaient les erreurs de leurs
parents. C'est ce qui me les rend attachants”
L' “odyssée” du héros dure deux semaines. Un peu plus de trois années après, toutes ces femmes croisées par Victor dans ce périple se retrouveront à l'initiative de Suzie. Pourquoi ? Au
lecteur de savourer la dernière vingtaine de pages du roman et d'y trouver la réponse aux questions que l'étrange voyage du héros a suscitées en lui. Il sera, sans doute, surpris mais pas
déçu.
Gérard Ambroise.
Réécriture, relecture et appropriation d'un fascinant passé
“La dame de l'Oise”
Le deuxième ouvrage dont Annie Müllenbach-Nigay a été amenée à parler appartient au genre du roman historique. C 'est une grande saga familiale. L'action se situe entre Beaumont- sur-Oise et
Paris et nous parle d'hier, d'une période qui s'étend sur une centaine d'années, depuis 1815, date qui va sceller le destin d'un pays, d'une région et d'une famille jusqu'au début du XXème
siècle. A tous les niveaux vont, habilement, se mêler personnages réels et fictifs.
L'auteure est soucieuse de répondre aux questions qui lui sont posées avec justesse et sincérité. Les circonstances et les conditions de l'écriture et de la conception du roman en seront ainsi
éclairées pour le plus grand intérêt des participants au café littéraire.
Un tel livre naît d'une relation privilégiée entre un auteur fécond, une municipalité, un éditeur réactif et bienveillant et l'Histoire.
“La dame de l'Oise”, aurait pu s'intituler "Les dames de l'Oise", tant elles sont nombreuses à se tenir sur les bords de la rivière, le véritable fil conducteur de l'ouvrage, celui qui enchante
et guide le lecteur depuis la délicate reproduction du tableau choisi pour illustrer la première de couverture. Le pont de l'Oise, intermédiaire entre le ciel et la terre - là où la Vierge a le
sourire d'Alexandrine et de Marie Catherine - est un lieu clé du roman.
Annie Mullenbach s'est appuyée, d'une façon habile, sur une solide documentation qui rend son livre vraisemblable du point de vue historique. Nous comprenons
combien notre époque est
redevable à celle qu'elle ressuscite. Les principaux bouleversements de l'Histoire du XIXème siècle qui ont conduit à la société actuelle croisent, avec toujours un petit décalage de temps et de
lieu, ( le coeur de l'intrigue se situe à Beaumont, soit à une trentaine de kilomètres de Paris), le destin individuel des personnages inscrits dans un grand mouvement collectif. La politique les
concerne tous, qu'ils soient notamment partisans ou détracteurs de Napoléon, dont l'aura couvre toute la narration.
Mais ce livre équilibré et bien construit est également un roman d'amour et d'émancipation féminine : Agathe, Marie-Catherine, Hortense, Geneviève, de beaux portraits, crédibles, se donnent la
main de génération en génération. Ces femmes, - chacune à sa manière -, vont souffrir, lutter, s'imposer. A des moments symboliques, dans les salons parisiens ou sur les barricades lors de la
Commune, par exemple, elles rencontreront George Sand, Louise Michel et d'autres encore. Tous les sujets "féministes" sont abordés, selon le point de vue particulier des héroïnes : celui de la
contraception, de l'avortement, de la relation aux hommes, hors et dans le mariage, pour une nuit, avec un hussard anglais, ou pour "toujours". Et les hommes...? Napoléon, Jean-Baptiste,
François, Charles..., ils hantent le roman sur le mode de l'absence.
C'est un monde en demi teinte que nous propose là Annie Müllenbach, mais en même temps, et c'est là que se situe le talent de l'auteure, divertissant, passionnant et stimulant. Il donne envie de
continuer le combat, malgré les drames et les erreurs !
L'échange amical et riche s'est clôturé par une séance de dédicace.
Claire Antoine .
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